21/06/2007

Plaisir vénéneux

mucha_job

 

Extrait : " Un pinceau habile dessina le contour des lèvres où coula au fur et à mesure la sombre couleur du sang. Pour un soir, on avait emprunté aux vampires leur fragile beauté. Un bandeau de velours retenait les cheveux. Deux perles scintillaient aux lobes des oreilles, comme pour les assortir au pétillement du regard. La poudre donnait à la chair un éclat désincarné et mat. Quelques grains de poudre s'étaient accrochés au revers du col, comme du pollen d'orchidée; une main experte, aux ongles incarnats, épousseta le tissu, prenant un soin infini à ne pas froisser la soie du vêtement; les doigts éfleurèrent la peau nue; un frisson, comme un papillon, s'envola sous la caresse improvisée. Consciencieusement, ce corps goûta à ce frémissement de volupté. Mais l'image du miroir, comme par ricochet, détourna l'attention apportée à cette sensualité importune. Les yeux du masque revinrent vers ce visage à peine humain, ni femme, ni homme, artificiel et mensonger, comme ils le sont tous lorsqu'ils veulent séduire. La créature ébaucha un sourire. L'illusion ainsi créée lui prêtait chaque fois le même plaisir , un plaisir vénéveux, presque délictueux, le plaisir illicite de se perdre et au bord de l'abîme, le plaisir du vertige de, peut être ne plus jamais le retrouver. Assise devant sa glace, Elisabeth étudia longuement ce visage qui ne lui appartenanit pas."

 

Extrait : Laurent de graeve " les orchidées du bel Edouard"

Peinture : Mucha : Job

 

Merci Charles Henry pour cette délicieuse découverte.

14:21 Écrit par Annick dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : de graeve, mucha |  Facebook |