22/06/2007

C'était plein d'amour

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Extrait : "La musique qui s'échappait de l'électrophone était lente et pesante, et nous continuions à boire. Au début j'ai dansé avec Pere, puis avec Gregori, et je en sais pas ce qui s'est passé mais nous avons fini par nous retrouver au milieu de la salle à manger en trains de danser ensemble, tous les trois enlacés.

J'ai été sur le point de dire " je vous aime" comme cela au pluriel, parce que je ne me sentais plus orpheline et que je n'avais plus aucune envie de faire attention à rien. Je me sentais formidablement bien avec ces garçons tout près de moi, à les toucher, à les prendre dans mes bras. Et eux me touchaient partout à la fois et me serraient contre eux, et nous transpirions à grosses gouttes parce que le poêle continueait à marcher à pleine puissance et que la salle à manger était très petite. C'était une chaleur d'hiver, de lieu clos, et pas une chaleur estivale, une chalaur de joues rouges, d'air chaud dans la pièce et d'air glacé sur le balcon. J'avais les yeux fermés et je ne savais pas  qui léchait ma sueur. C'était plein d'amour..."

 

Extrait : Lluis Anton Baulenas : Le fil d'argent

Tableau : Klimt

12:24 Écrit par Annick dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : klimt, baulenas |  Facebook |

21/06/2007

Plaisir vénéneux

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Extrait : " Un pinceau habile dessina le contour des lèvres où coula au fur et à mesure la sombre couleur du sang. Pour un soir, on avait emprunté aux vampires leur fragile beauté. Un bandeau de velours retenait les cheveux. Deux perles scintillaient aux lobes des oreilles, comme pour les assortir au pétillement du regard. La poudre donnait à la chair un éclat désincarné et mat. Quelques grains de poudre s'étaient accrochés au revers du col, comme du pollen d'orchidée; une main experte, aux ongles incarnats, épousseta le tissu, prenant un soin infini à ne pas froisser la soie du vêtement; les doigts éfleurèrent la peau nue; un frisson, comme un papillon, s'envola sous la caresse improvisée. Consciencieusement, ce corps goûta à ce frémissement de volupté. Mais l'image du miroir, comme par ricochet, détourna l'attention apportée à cette sensualité importune. Les yeux du masque revinrent vers ce visage à peine humain, ni femme, ni homme, artificiel et mensonger, comme ils le sont tous lorsqu'ils veulent séduire. La créature ébaucha un sourire. L'illusion ainsi créée lui prêtait chaque fois le même plaisir , un plaisir vénéveux, presque délictueux, le plaisir illicite de se perdre et au bord de l'abîme, le plaisir du vertige de, peut être ne plus jamais le retrouver. Assise devant sa glace, Elisabeth étudia longuement ce visage qui ne lui appartenanit pas."

 

Extrait : Laurent de graeve " les orchidées du bel Edouard"

Peinture : Mucha : Job

 

Merci Charles Henry pour cette délicieuse découverte.

14:21 Écrit par Annick dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : de graeve, mucha |  Facebook |

20/06/2007

La nuit en plein jour

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Extrait : "La poésie est une religion sans espoir. Le poète s'y épuise en sachant que le chef d'oeuvre n'est, après tout, qu'un numéro de chien savant sur une terre peu solide.
Bien sûr, il se console sous prétexte que l'oeuvre participe à quelque mystère plus solide. Mais cet espoir vient de ce que tout homme est une nuit (abrite une nuit), que le travail de l'artiste sera de mettre cette nuit en plein jour, et que cette nuit séculaire procure à l'homme, si limité, une rallonge d'illimité qui le soulage. L'homme devient alors pareil à un paralytique endormi, rêvant qu'il marche.

 

Photo : Vitrail dessiné  par Jean Cocteau, chapelle Ste maxime à Metz

Extrait : Cocteau : Journal d'un inconnu.

12:19 Écrit par Annick dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : cocteau |  Facebook |

18/06/2007

Et le silence

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Extrait :

- Ne me faites pas souffrir.

Mais peut on entrer en souffrance ainsi, en un si court laps de temps, pour quelques confidences? Je crois que j'entendis très distinctement deux voix qui criaient ensemble, violentes et contradictoires, un oui et un non d'une puissance égale, qui se levaient s'affrontaient avec sauvagerie et se fracassaient l'une l'autre, ne laissant en moi que l'écho de leur rencontre, le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit, un bref tremblement et le silence, ce silence dont je n'arrivais pas à sortir depuis qu'il avait dit qu'il était à moi. Il souleva doucement mes mains et les posa de part et d'autre de son visage, les appliquant tout au long de ses joues, et je sentis sous mes paumes la peau un peu rêche que les hommes ont le soir, et l'ossature vigoureuse du menton. Il les laissa ainsi, ne transforma pas le geste en caresse, il se remettait entre mes mains, c'était à moi de décider.

Photo : Kenna

Extrait : Jacqueline Harpman

11:40 Écrit par Annick dans Général | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : harpman, kenna |  Facebook |

17/06/2007

Ce n'étaient que des paroles

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Extrait : " Toute répétition m'enchantait. Chaque fois que j'allumais la lumière, je savais ce qui allait se produire. Quand j'appuyais sur l'interrupteur, la lumière s'allumait. J'en éprouvais un merveilleux sentiment de sécurité parce que c'était chaque fois pareil.

Je consacrais cent pour cent de mon attention à ce que j'étais en train de faire. Je me rendais vaguement compte que ma mère était là, mais je n'en avais véritablement conscience que si elle me dérangeait vraiment, par exemple quand elle criait ou m'empêchait d'agir à ma guise. Elle n'avait aucune importance.

En y repensant, je crois que jusqu'à l'âge de cinq ou six ans, j'aurais été incapable de reconnaître ma mère parmi un groupe de femmes. Je ne la regardais jamais véritablement. C'était une présence que je sentais plus que je ne voyais, une présence négative. C'était pareil avec mon père. Parfois ils m'obligeaient à rester assis sur une chaise. Ca me rendait fou de rage. je me souviens qu'ils m'adressaient des paroles, mais ce n'étaient que des paroles et rien d'autre. Il me semble que je en savais pas ce qu'elles siginifiaient, mais je m'en fichais.

 

Extrait : ' Moi l'enfant autiste' de Sean et Judy Barron. Livre écrit  4 mains par un jeune autiste qui raconte  sa perception de sa vie croisée avec celle de sa mère.

Tableau : Arnaud Cassagne , jeune artiste autiste de 15 ans.

09:09 Écrit par Annick dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : autisme |  Facebook |

15/06/2007

Serpent qui danse

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Extrait : "Tes yeux, où rien ne se révèle
De doux ni d'amer,
Sont deux bijoux froids où se mêle
L'or avec le fer.

A te voir marcher en cadence,
Belle d'abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d'un bâton

 

Extrait : Les fleurs du mal

Photo : Sara Saudkova

16:32 Écrit par Annick dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : baudelaire, saudkova |  Facebook |

14/06/2007

Des petits grelots qui savent rire

Une chouette collaboration!

Merci à Daniel : http://daniel-photos.skynetblogs.be/ pour la jolie photo qu'il m'a prêtée. Daniel ce sont des photos avec une sensibilité à fleur de peau.

J'ai hésité mais Saint Exupéry me semblait coller à cette photo toute en douceur, en fraicheur, lumineuse et tendre!

Lafontaine

 

Extrait

"Et puis je vais te faire un cadeau…

Il rit encore.
-Ah! petit bonhomme, petit bonhomme j'aime entendre ce rire!
-Justement ce sera mon cadeau… ce sera comme pour l'eau…
-Que veux-tu dire?
-Les gens ont des étoiles qui ne sont pas les mêmes. Pour les uns, qui voyagent, les étoiles sont des guides. Pour d'autres elles ne sont rien que de petites lumières. Pour d'autres qui sont savants elles sont des problèmes. Pour mon businessman elles étaient de l'or. Mais toutes ces étoiles-là elles se taisent. Toi, tu auras des étoiles comme personne n'en a…
-Que veux-tu dire?
-Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j'habiterai dans l'une d'elles, puisque je rirai dans l'une d'elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les étoiles. Tu auras, toi, des étoiles qui savent rire!
Et il rit encore.
-Et quand tu seras consolé (on se console toujours) tu seras content de m'avoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. Et tu ouvriras parfois ta fenêtre, comme ça, pour le plaisir… Et tes amis seront bien étonnés de te voir rire en regardant le ciel. Alors tu leur diras: "Oui, les étoiles, ça me fait toujours rire!" Et ils te croiront fou. Je t'aurai joué un bien vilain tour…
Et il rit encore.
-Ce sera comme si je t'avais donné, au lieu d'étoiles, des tas de petits grelots qui savent rire…(...)
Moi je me taisais.
-Ce sera gentil, tu sais. Moi aussi je regarderai les étoiles. Toutes les étoiles seront des puits avec une poulie rouillée. Toutes les étoiles me verseront à boire…
Moi je me taisais.
-Ce sera tellement amusant! Tu auras cinq cents millions de grelots, j'aurai cinq cent millions de fontaines…

 

Extrait : Le petit Prince Saint Exupery

Photo : Daniel  http://daniel-photos.skynetblogs.be/


08:59 Écrit par Annick dans Général | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : saint exupery |  Facebook |