29/04/2008

Deux état d'esprit

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Extrait : " Elle avait le sentiment de marcher dans le chaos. J'ai cinquante ans et Je vais mourir : ces mots là désignaient deux états d'esprit qui lui semblaient incompatibles, car le premier implique d'inventer une seconde façon de concevoir son avenir et le second dit qu'il n'y a pas d'avenir. Elle aurait voulu en jeter un hors de soi, comment fait on cela? Elle se sentait double : une qui allait et venait, travaillait, mangeait et respirait - respirait? - comme d'habitude, une femme qui vivait avec aisance, rieuse, compétente, en qui elle se reconnaissait, et l'autre, immobile, tapie dans l'ombre et qui grandissait lentement, s'enflant en soi-même, nourrie par chaque minute qui passait, aspirant peu à peu sa substance, monstre silencieux qui la dévorait, trou noir, une demi-morte aux yeux brûlés dont les chairs se détachent déjà, avide d'une vivante qu'elle dévore, insatiable, vampire, cancer."

 

Extrait : Jacqueline harpman : Récit de la dernière année

Tableau : Pablo Picasso

09:05 Écrit par Annick dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

28/04/2008

Comme un torrent de sang noir...

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Extrait : " Son coeur se mit à battre plus vite. Dix minutes auparavant, elle était allongée ainsi, savourant la proximité familière et secrète du corps de Julia. Elle voulait fixer cet instant, en faire une larme de cristal. A présent, le cristal s'était brisé. Car qu'était la jeune femme pour elle en fait? Elle ne pouvait pas se pencher vers elle et l'embrasser; Comment faire savoir au monde entier que Julia était à elle? Quel moyen avait elle pour s'assurer qu'elle lui restait fidèle? Elle-même, voilà tout : ses cuisses en hachis de veau, sa tête de ravissant oignon... Toutes ces pensées parcouraient ses veines comme un torrent de sang noir, tandis que Julia lisait; que l'orchestre lançait un dernier ra- ta- ta avant de remballer ses instruments; que le soleil traversait lentement le ciel, et que les ombres s'allongeaient à mesure sur l'herbe jaune.. Mais cette angoisse affreuse, pitoyable, finit par s'apaiser. L'ombre se retira de son sang, se replia. Et elle se dit : Mais quelle idote tu fais! Julia t'aime. C'est uniquement l'animal en toi qu'elle déteste, ce monstre grotesque...."

 

Extrait : "Ronde de nuit" de Sarah Waters

Photo??

13:31 Écrit par Annick dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

17/04/2008

Et puis nous nous emmêlons...

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Extrait : " De l'arrière d'une maison jaune,deux filles émergent, jouant les geishas. Nous avons relevé nos cheveux et fiché dedans des baguettes... L'eau est d'un turquoise vif et bouillonnant. Les peignoirs de soie tombent à terre. deux flamants gloussant, l'un à la peau claire, l'autre olive pâle, tâtent l'eau d'un orteil. "Elle est rop chaude; - C'est comme ça qu'elle doit être. - Toi d'abord. - Non, toi. - Okay" Et nous y voila toutes les deux. L'odeur de séquoia et d'eucalyptus. L'odeur de savon au santal. Les cheveux de Clémentine collés à son crâne. Je suis en train d'examiner ma voûte plantaire, essayant de comprendre ce que signifie qu'elle s'est "affaissée", quand je vois Clémentine qui arrive vers moi. Son visage émerge de la vapeur, Je pense que nous allons nous embrasser de nouveau mais elle noue les jambes autour de ma taille. Elle rit comme une folle, une main sur la bouche. Ses yeux s'agrandissent et elle me souffle à l'oreille : " Détends-toi" Elle hulule comme un singe et m'attire à elle. Je tombe entre ses jambes, je tombe sur elle, nous coulons.. et puis nous nous emmêlons, tournoyons dans l'eau, moi sur elle, puis elle, puis moi,  et, gloussant et poussant des cris d'oiseau. La vapeur nous enveloppe, nous cache; la lumière scintille sur l'eau agitée; et nous continuons à touner de sorte qu'il arrive un moment où je ne sais plus quelles mains sont les miennes, quelles jambes."

 

Extrait : "Middlesex" de Jeffrey Eugénide

Photo : Je ne sais pas.. qui sait m'aider? :o)

16:43 Écrit par Annick dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

15/04/2008

Pour se prostituer l'un à l'autre

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Coucher avec elle
Pour le sommeil côte à côte
Pour les rêves parallèles
Pour la double respiration

Coucher avec elle
Pour l'amour absolu
Pour le vice pour le vice
Pour les baisers de
toute espèce

Coucher avec elle
Pour un naufrage ineffable
Pour se prostituer
l'un à l'autre
Pour se confondre

Coucher avec elle
Pour se prouver et
prouver vraiment
Que jamais n'a pesé sur l'âme
Et le corps des amants
Le mensonge d'une
tache originelle

Photo : René Groebli

Texte : Robert Desnos

 

16:40 Écrit par Annick dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |